29 Avril 2019

LA SÉCURITÉ DANS L'EAU

La piscine est un endroit approprié au travail de promotion de la sécurité. "Quand j'anime des formations avec les maitres nageurs et le personnel de piscine, l'une des principales questions que je me pose est la suivante : 

« Vous êtes dans le bassin avec sous votre responsabilité un enfant de 3 ans qui pleure et réclame ses parents dès qu’il touche l’eau. Que faîtes-vous ? Pourquoi vous comporter de telle ou telle façon ? »

Pour répondre à ces questions, il faut absolument se référer au B.a-ba de la psychologie relationnelle, à savoir la « Théorie de l’Attachement », pour pouvoir ensuite l’appliquer à notre sujet d’étude.

 

Attachement vs exploration :

La Théorie de l’Attachement, élaborée par Bowlby, se traduit chez l’enfant par une force biologique de maintenir une grande proximité avec la figure adulte, s’assurant ainsi la sécurité physique et l’assouvissement des besoins fondamentaux liés à la survie. C’est cet aspect qui constitue l’une des deux bases de la relation à la FdA ( « Figure d’Attachement », à savoir l’adulte ).

La seconde dimension de cette théorie est ensuite l’exploration de l’environnement, qui se manifeste chez l’enfant par une nécessité de se déplacer librement dans l’espace, à travers le jeu par exemple.

Ces deux dimensions sont tout à fait complémentaires et en oscillation permanente.

 

De l’attachement au développement de la perception de sécurité :

La fonction biologique de la relation à l’attachement est la protection, alors que la fonction psychologique est le développement du sentiment de sécurité. Les manifestations du besoin d’attachement (que peuvent être par exemple les pleurs de l’enfant) se déclenchent avec l’éloignement de la FdA ou lors d’expériences stressantes, et ce dans le seul but de maintenir le contact avec l’adulte de référence. Les seuls moyens d’y mettre fin sont la vue, la voix ou le contact physique de l’enfant avec sa figure de protection.

 

Le rôle du maître-nageur dans la correspondance émotive :

Revenons donc à la question initiale : si l’instructeur prend l’enfant en larmes des bras de sa maman et l’amène dans l’eau, cela revient à proposer une exploration à un petit qui n’est qu’en demande d’attachement. Idem s’il tente de le distraire de n’importe quelle manière. L’enfant est dans une recherche de sécurité que l’éducateur ignore en lui proposant l’exploration. De ce fait, la FdA reste le parent duquel le petit ne saura se détacher.

Le processus d’apprentissage dans l’eau part donc du postulat que la figure adulte de laquelle l’enfant reçoit sa perception de sécurité ainsi que la stimulation d’exploration doit être l’instructeur, et non le parent. L’enfant, surtout quand il est petit, se fie à la figure de référence pour évaluer si son environnement est sûr ou non. C’est pourquoi tout le travail du maître-nageur tient dans sa capacité à rassurer en premier le parent afin de se poser ensuite en figure de référence dans ce nouveau contexte.

De cette façon, il devient source de sécurité tout d’abord du parent puis de l’enfant. Le mot clé pour y parvenir, notamment dans des situations relativement complexes comme avec des parents ou des élèves particulièrement angoissés, est la Syntonisation, à savoir la capacité de la FdA à mettre en miroir l’état émotif et le rythme intérieur de l’enfant, à l’aide de différents modes de communication (le ton de la voix, les mimiques, l’expression corporelle…).

Se « syntoniser » ne signifie pas uniquement imiter l’autre : cela demande une capacité à reconnaitre l’émotion éprouvée par l’autre, puis la rechercher dans sa propre perception émotive et la refléter enfin au travers d’une expression propre.

 

Les dimensions « attachement » / « exploration dans l’eau » :

L’oscillation entre les dimensions d’attachement et d’exploration dans l’eau[i] se constate de façon évidente en observant la « danse » qui se joue entre l’instructeur et l’enfant pendant laquelle le professionnel dans l’eau, figure de protection, devient le pilier rassurant auprès duquel le petit a confiance, joue, explore et apprend. En vérité, ce procédé s’applique à tous les âges et à tous les niveaux (la représentation ici de la relation entre enfant et instructeur simplifie la compréhension de la dimension spatiale). Le résultat obtenu au travers de cet exercice réussi est celui d’une relation forte valorisant l’élève sécurisé afin de recommencer la «danse ». Ce cas sur lequel nous nous penchons depuis le début suit cette même logique : rassurer le parent et convenir avec lui d’un mode de gestion de la situation équivaut donc à  se proposer comme base sécurisante à laquelle il peut se fier. Donner au parent des informations constantes le rend acteur du processus et accueille son besoin d’attachement pour poser les bases qui permettent de renouveler la danse en toute autonomie.

 

Tout ce schéma s’avère intéressant afin d’identifier les difficultés qui pourraient advenir au sein de cette relation et comprendre comment intervenir. Il existe des situations dans lesquelles apparaissent des complications à se détacher du pilier rassurant, et d’autres dans lesquelles il devient difficile d’y revenir. Cela dépend de la forme d’attachement, et de sa réactivation avec les diverses figures adultes qui constituent la FdA.

 

Revers éducatifs :

Les deux besoins fondamentaux d’attachement et d’exploration s’équilibrent dans la relation. Connaître et reconnaître en jouant un rôle actif dans la danse relationnelle avec l’élève est un instrument fondamental pour le professeur de natation : il pose les bases d’une capacité d’auto-supervision de la relation et de la communication qu’il cherche à construire. Pour celui qui enseigne, l’alternance entre ces deux besoins est évidente, éducative et en phase de développement au début. En d’autres termes, la sécurité dans l’eau s’appuie sur la construction d’un sentiment de sécurité en tant qu’humain (la base de la confiance en soi) qui est l’une des fonctions de la relation et se traduit après par l’exploration (jeux d’eau, apprentissage et divertissement.)

Pour ceux qui par ailleurs travaillent avec des adultes, développer les compétences dans ce cas signifie apprendre à promouvoir le sport en insistant sur la valeur de la relation qui se structure entre l’instructeur et l’élève, en posant les bases d’un travail fondé sur le bien-être éprouvé à être ensemble.

 

[i] Pour approfondir sur ces notions, se reporter à cet article mené par une école américaine : http://circleofsecurity.net/

 

 

 

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